{ Heaven Upside Down } Marilyn Manson

Marilyn Manson - Heaven Upside Down
Marilyn Manson - Heaven Upside Down
À l'aube d'une nouvelle trilogie ?

Dire que l'album était attendu relève de l'euphémisme. Initialement prévu pour le 14 février dernier, l'absence de tout matériau sonore arrivé le jour J aura occasionné l'ébullition des fans, s'attaquant aux membres du groupe via les réseaux sociaux. L'absence d'explication a laissé flotter un climat d'incompréhension et d'interrogation durant un certain temps, avant que le soufflet ne finisse par retomber. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts et aujourd'hui, le disque est là, leaké une poignée de semaines en avance.

Heaven Upside Down est donc produit par Marilyn Manson lui-même ainsi que Twiggy Ramirez, partenaire de longue date, et Tyler Bates, déjà présent pour la conception de The Pale Emperor paru il y a deux ans. Si celui-ci se dévoilait naturellement à l'oreille de l'auditeur, Heaven Upside Down sort de l'easy-listening pour offrir un son plus agressif et brut, tout en héritant de ce grain si singulier que possède son prédécesseur.

Les guitares assassines de Revelation #12, puissante entrée en matière, ou encore We Know Where You Fucking Live, au refrain "marteau-piqueur", suintent l'influence metal indus des années 80. Et pour cause, l'on sait bien que le chanteur américain est amateur de groupes tel que Ministry (entre autres), véritable pilier du rock indus. Par ailleurs, le film Atomic Blonde sorti cet été faisait part d'une reprise de Stigmata, piste d'ouverture de The Land of Rape and Honey.

La basse est omniprésente, ronde mais saturée, et appuie sérieusement le rythme tout en soulignant les guitares. Les synthétiseurs sont plus vivants que jamais et les samples sont utilisés de manière judicieuse. De quoi muscler le mixage et générer une atmosphère atypique, que certains se plairont peut-être à comparer avec Antichrist Superstar ou Holy Wood pour sa stigmate sonore résolument crasseuse. L'ensemble demeure très cohérent malgré les influences toutes aussi nombreuses que variées : metal, indus, glam, electronique, pop voire même hip-hop par moments, comme le suggèrent certains beats (SAY10) et le chant du shock-rocker (Tattooed in Reverse).

Mais le dixième album studio du Révérend dispose aussi de chansons plus mélodieuses, faisant part de sonorités électroniques tantôt ambiantes à l'instar d'une bande originale de film, tantôt appuyée en lead : c'est le cas du single Kill4Me, très pop rock, manufacturé selon les mensurations de la radio. Saturnalia prend le relais et surprend par son refrain non sans rappeler le rythme et le beat de Posthuman, issu de Mechanical Animals. Ces pistes n'en perdent pas pour autant l'empreinte globale, sablonneuse et grenue de l'œuvre.

La chanson-titre relâchent quelques envolées de guitares bienvenues. On y retrouve par ailleurs une patte similaire à ce qui se faisait sur The High End of LowThreats of Romance confirme l'attraction "Bowiesque" du shock-rocker et ferme la marche avec panache.

Heaven Upside Down est un album burné qui a beaucoup à délivrer mais qui, à l'inverse de The Pale Emperor, risque d'en rebuter plus d'un en raison de son arrière-goût plutôt aigre en premier lieu. Cependant, à chaque nouvelle écoute, le dernier bébé de Marilyn Manson se livre un peu plus aux tympans, pour mieux le comprendre, mieux le découvrir, mieux l'apprécier. L'icône américaine s'est trouvée le meilleur line-up depuis bien des années et, il semblerait, a encore à redire sur le monde qui nous entoure. Les paroles semblent fidèles à ce qu'écrit généralement le rocker, mais il sera nécessaire de les passer au crible afin de ne rien manquer sur les sens doubles ou cachés qu'il prend souvent soin de laisser à l'auditoire. Nombreuses sont les références iconiques, astronomiques, religieuses... le tout empaqueté de façon très personnelle. Enfin, la voix de Manson est au plus beau fixe, maîtrisée, ses variations sont nombreuses, on sent qu'il joue plus aisément avec.

The Pale Emperor et Heaven Upside Down, malgré d'évidentes singularités, s'embrassent parfaitement afin de constituer un nouveau diptyque qui, peut-être, se transformera en une nouvelle trilogie célèbre d'ici quelques années.

NOTE : 8/10