{ Das Experiment } Oliver Hirschbiegel

Das Experiment - Oliver Hirschbiegel
Das Experiment - Oliver Hirschbiegel
Quelles limites pour l'autorité et le pouvoir humain ?

/! INFO SPOILER : certains passages de cette critique contiennent des révélations sur le déroulement de l'histoire. /!

Das Experiment propose un pitch simple mais particulièrement vicieux: un groupe de scientifiques souhaite réaliser une expérience encadrée par des règles strictes et ratisse à gauche, à droite afin de trouver des cobayes de différents horizons. La petite équipe enfin choisie, deux groupes sont établis: les matons et les prisonniers. Tous se tiendront dans une prison factice bâtie pour l'expérience, dont le fondement n'est pas sans rappeler celle de Stanley Milgram.

Parmi les règles, la violence est proscrite. Les détenus ont le devoir de consommer entièrement leurs plateaux repas, de ne pas s'appeler par leur prénom entre eux, ainsi que d'appeler chaque geôlier: "Monsieur le gardien de prison". Par ces règles mêmes s'articulent déjà des rapports de domination / soumission. Si les protagonistes interprètent cela comme une colonie de vacances leur permettant d'arrondir leur fin de mois en début de film, les choses vont vite évoluer, et pas vraiment dans le bon sens, évidemment. Les protagonistes derrière les barreaux subiront multiples lynchages en règle afin de calmer leur fébrilité et déchanteront rapidement. Face à leur manque de sérieux, les gardiens vont réagir de façon caustique : dans un premier temps, des punitions telles que des séries de pompes sont données, puis l'humiliation (véhiculée par la nudité, l'attachement aux barreaux au centre de la prison à la vue de tous, etc) entre en jeu et enfin, les rapports de force surgissent. Chacun pénètre dans son propre rôle jusqu'à l'habiter pleinement, en perdant pied avec la réalité, laissant gagner du terrain à la violence (prise d'otage des scientifiques, sang, tentative de viol...). Ce qui n'était qu'une expérience psychologique, si ce n'est un jeu pour les sujets, prend des proportions complètement surréalistes. Nous vivons l'expérience à travers la leur. Face à la sauvagerie, l'articulation des pulsions, la folie qui pose son empreinte sur la bande filmique, Das Experiment dérange, tâtonne les limites de l'être humain ainsi que celles du spectateur, en le positionnant à la place du voyeur. Et ce, via une réalisation non extravagante, mais codée de façon colorimétrique et par le biais d'un scénario qui, malgré la dernière demi-heure d'apothéose chaotique et animale, reste plutôt crédible.

Das Experiment est un film qui ne fait clairement pas du bien mais qui suscite une vive réflexion, s'imposant comme le miroir de notre nature profonde. Il questionne nos rapports sociaux, sexuels, professionnels et met en scène l'essence même de l'humain, ce qu'il y a de plus viscéral et de bestial en lui. Comment vivrions-nous cette expérience ? Quelle est la part d'animalité qui sommeille en nous ? Quelles stimulations la démange ? Si la grande majorité des spectateurs déclarerons qu'ils n'infligeraient jamais tant d'horreurs en ce genre de situation, il est en revanche impossible de le prouver...

NOTE : 8/10