{ If I Stay } R.J. Cutler

If I Stay - R.J. Cutler
If I Stay - R.J. Cutler
Le film d'adulte pour ado.

Ne voyez en ce titre aucun sous-entendu érotico-pornographique. Lorsque j'écris "film d'adulte", je souligne l'événement tragique mais tout aussi inévitable sur lequel If I Stay repose: la perte de ses propres parents. Ici, il n'est pas question de mort naturelle et de vieillesse, il s'agit d'un malheureux accident de voiture mettant toute la famille à l'amende. Quatre personnes de différents âges vont donc se retrouver sur le billard, et leur état va fluctuer tout le long de la pellicule.

La catastrophe tombe rapidement. Pourtant, elle ne semble pas être l'axe principal de l'histoire. Le scénariste a eu la curieuse idée de maquiller le drame avec une romance à l'eau de rose, similaire à ce que l'on trouve dans les séries TV de type teen-drama. On peut d'ailleurs percevoir des inspirations tirées de My So-Called Life, sortie en 1994, en particulier via le rôle habité par Chloë Grace Moretz, personnage central au jeune âge. Elle énonce moult tirades et réflexions, tantôt résonnant en son fort intérieur, tantôt expulsées de son larynx. Les thèmes abordés vont de la nature de la vie à celle de l'amour, quelque peu à la façon de la série pré-citée. Seulement voilà, on commence à toucher du doigt un problème majeur: c'est globalement enfantin, candide, parfois niais. Au milieu de ces propos douteux subsistent cependant un peu de lyrisme et une certaine poésie, mis en valeur par une réalisation efficace et une photographie de qualité. Les couleurs crèmes, pastels, pâles et lumineuses évoquent le fameux faisceau de photons au bout du tunnel évoqué par certains patients ex-comateux. Le parti-pris esthétique habille donc habilement le sujet et flattera les globes oculaires jusqu'au bout.

/! Spoiler alert /!
Ce coma, parlons-en: la petite Mia va littéralement sortir de son corps, et se balader d'un chevet à l'autre afin de surveiller la stabilité des autres membres de la famille, veiller sur eux. Hors, malgré tout l'affolement se nichant dans l'hôpital, elle n'est perceptible ni par les médecins, ni par sa famille, ni par ses amis et ce par aucun des cinq sens. Vient alors une révélation: elle sera la seule et unique survivante. On lui chuchote qu'elle est maîtresse de sa condition. Le choix s'impose donc à elle. Vaut-il mieux se réveiller et reprendre le cour de sa vie avec une douleur dévastatrice, ou s'endormir à jamais ? Là de même, le traitement du dilemme cornélien et de sa difficulté est enduit de pathos. Malgré l'ingénuité de l'œuvre, il est possible de manifester de la compassion à travers certains actes et certaines paroles qui potentialiseront par conséquent le capital sympathie envers les protagonistes. Et si les écarts envers le thème principal surprend au début, on en comprend mieux les raisons en finalité, dans la mesure où tout le monde est réuni. Le réalisateur prend le temps de dresser multiples profils entre deux scènes hospitalières, et c'est plutôt gagnant côté rythme. Reste un jeu d'acteur laissant parfois à désirer, particulièrement pour Mia, qui contribue à développer quelques idioties regrettables.

If I Stay peut s'avérer agréable à regarder si l'on fait l'effort de se plonger dedans en tentant de faire abstraction du traitement si juvénile appliqué par R.J. Cutler et son scénariste. Enfin, reconnaissons que la bande originale apporte son lot de consolation, voire de consolidation autour des personnages, les rendant plus humains que jamais.

NOTE : 6/10