{ Indie Game: The Movie } Lisanne Pajot & James Swirsky

Indie Game: The Movie - Lisanne Pajot & James Swirsky
Indie Game: The Movie - Lisanne Pajot & James Swirsky
Le jeu vidéo étudié du côté humain.

Les reproches adressés à Indie Game : The Movie sont nombreux:
"Trop de pathos". "Faussement représentatif du jeu vidéo indépendant", en raison de sa sélection restreinte de trois softs. "Opposition des gentils (les développeurs) aux méchants (les éditeurs)". Pourtant, à bien y regarder, le documentaire nous offre un angle du jeu vidéo souvent mis de côté : l'humain. Nous suivons ainsi quatre développeurs dans la genèse tordue et complexe de Super Meat Boy, FEZ et Braid. La sélection a du sens, puisqu'il s'agit de "gros" titres dans le monde du jeu indie, ayant chacun apporté leur pierre à l'édifice d'une manière différente, que cela soit par leur concept, leurs graphismes, leur gameplay, leur développement alambiqué ou l'histoire qu'ils mettent en avant... Il est également bon de noter que chacun a vu jour à une période différente, exposant ainsi les fondations de ce marché, cette tendance, ou tout simplement de cette nouvelle place offerte à quiconque souhaitant créer des jeux vidéo. Toutefois, la question financière est vaguement évoquée. Les chiffres, quels qu'ils soient, ne forment absolument pas le coeur du long-métrage.

Celui-ci s'applique à mettre en lumière les difficultés rencontrées par les créatifs tout le long de leur période de développement, et parfois même, de re-développement, jusqu'à la publication. On s'attache facilement à ces personnes nous gratifiant de nouvelles expériences vidéo-ludiques. Ils nous révèlent sans détour la raison qui les pousse, si ce n'est contraint - comme si une partie d'eux ne leur permettait pas de lâcher prise - de mener à bien leur "mission". Au premier abord, il peut paraître surprenant de constater qu'il est bien plus question d'expression personnelle que d'argent, de désir de reconnaissance, ou encore d'obligation professionnelle... En effet, Edmund McMillen, Tommy Refenes, Phil Fish et Jonathan Blow utilisent le jeu vidéo comme un peintre use de sa toile: c'est un support d'expression, où les pinceaux et la peinture sont remplacés par le code, le clavier, la souris ou la tablette graphique.

Manque de sommeil, peur, doutes, précarité, confrontations juridiques, exposition, appréhension et idées noires... la vie des concepteurs indies telle qu'elle nous est dépeinte est loin d'être une route lisse et droite. Il devient alors quasi jouissif et apaisant d'arriver aux instants clés et décisifs de la présentation aux joueurs, puis de la publication sur les plate-formes de téléchargement digital. Après avoir témoigné de leurs suées et cauchemars, on se réjouit d'assister à l'engouement manifesté par la presse, les joueurs ou les éditeurs. Ces derniers poseront, à l'occasion, quelques soucis non négligeables à nos compagnons. De là à évoquer une dualité "gentils" contre "méchants", il n'y a qu'un pas que je m'abstiendrais totalement de franchir et qui, en outre, ne me semble absolument pas pertinent.

Là où de nombreux spectateurs étaient dans l'attente d'un documentaire très pragmatique sur le jeu vidéo indépendant, Indie Game : The Movie nous offre 1h30 de proximité et d'intimité avec des développeurs qui restent purement humains avant toute appellation professionnelle. C'est pourquoi le long-métrage nous apprend peut-être bien plus de par sa subjectivité qu'un documentaire lambda alternant chiffres, faits divers et noms de softwares en pagaille. Cela n'est certes pas la pellicule qui vous renseignera le plus sur la naissance et la prospérité du jeu vidéo indépendant. Néanmoins, son parti-pris audacieux vous offrira du contenu auquel vous n'auriez point pensé sans ce film, et peut-être même l'essentiel: pourquoi les gens développent-ils des jeux vidéos ?

NOTE : 8/10