{ Jours Sans Faim } Delphine de Vigan

Jours Sans Faim - Delphine de Vigan
Jours Sans Faim - Delphine de Vigan
Premier livre, premier éclat.

Un éclat qui explose dans l'ombre dira-t-on tant le thème - et surtout l'écriture - est sordide. Le sujet de l'anorexie n'est pas évident à travailler, les thèmes médicaux représentant ce danger de tomber dans un champ lexical ultra spécifique et complexe. L'auteur ne souffre d'ailleurs pas de n'importe quelle forme de la maladie en ce début d'âge adulte : elle est victime d'anorexie dite "mentale". Une façon puissante et incroyable de restreindre sa propre nutrition par la simple force de l'esprit.

Jours sans Faim est précurseur de l'écriture singulière mais authentique de Delphine de Vigan. Les premiers traits de caractère de sa mère, durement exprimés dans l'inoubliable Rien ne s'oppose à la nuit, commencent déjà à se dessiner. L'écriture est viscérale. L'écrivaine d'exprime sans langue de bois, sans demi-mots. Elle se veut spontanée et surtout d'une grande justesse, donnant lieu à des phrases percutantes voire coup de poing.

120 pages, c'est la longueur du livre. Si cela peut paraître court et expéditif, il n'en n'est pourtant rien. Ces 120 pages sont un véritable parcours du combattant pour le personnage et pour le lecteur, tant on incarne le corps et l'esprit de la surnommée Laure. On se surprend à avoir mal aux os et aux articulations, on a l'estomac retourné en lisant ces lignes suintant le mal-être, la maladie, la dysphorie, en bref, une vraie dystopie cérébrale et corporelle. On sera également témoin du regard des autres, tantôt impardonnable et terrible, tantôt plein de compassion et de vérité.

Enfin, l'histoire se déroule principalement en centre hospitalier, à un étage dédiés aux victimes de la faim, que cela soit dans un extrême tout comme dans un autre. Si l'hospitalisation s'avère absolument nécessaire dans des cas comme celui de l'auteur (36kg à l'arrivée, authentique "sac d'os" d'après ses propres mots), il s'agit de même d'une sacrée toile d'araignée. Une toile dans laquelle elle se roule pour mieux se métamorphoser en cocon dont il est excessivement difficile de s'affranchir d'un jour à l'autre. Sortir de l'environnement de soins laisse derrière soi l'investissement physique et émotionnel d'une chambre, d'une présence humaine permanente, d'échanges douloureux ou bienfaisants avec les autres patients... Il s'agit d'une place en dehors du temps et de l'espace. Jours sans Faim est l'expression d'une souffrance sublimée. C'est un ouvrage terriblement sensible, définitivement marquant et envoûtant : un premier livre, une première étincelle, qui sera suivie d'une kyrielle d'autres comme, à titre d'exemple, Les Heures Souterraines.

NOTE : 9/10