{ Primitive Race } Interview avec Chris Kniker

Primitive Race - Le son de la société en régression
Primitive Race - Le son de la société en régression
Le son de la société en régression.

Chris Kniker est le leader du  "supergroupe" Primitive Race. En gestation depuis environ deux ans, les fans n’espéraient plus recevoir la matière audio de ce groupe à la démarche particulière mais au casting saisissant. C’est dans le cadre d’une sortie d’un EP en juin 2015 et d’un album au mois d’août de la même année que j'ai réalisé cette interview.

Maxence Béranger (M.B.) : Il y a deux ans, tu as choisi un nom assez singulier pour le groupe : "Primitive Race". Comment s’est-il imposé ?
Chris Kniker (C.K.) :
Le nom Primitive Race était une sorte de double sens. Le premier est une blague à propos de l’âge avancé de beaucoup d’entre nous. Nous sommes des artistes « industriels » de la vieille génération. Le second sens était de lancer une petite pique à la race humaine, demeurant primitive. Pendant que le temps s’écoule, la société semble régresser. Les gens sont davantage intéressés par leur smartphone et leur télévision plutôt que de vivre leur « vraie vie ».

M.B. : À ce moment-là, il n’y avait pas encore de musique ou d’extrait sonore connu par les fans, et la participation de certains membres du supergroupe n’était pas encore certaine. Pourquoi avoir choisi de présenter ce projet si tôt ?
C.K. : Je voulais expérimenter un concept permettant aux gens d’assister à la formation et au processus créatif d’un groupe en temps réel. Parfois, cela a parfaitement fonctionné. Comme lorsque Dave Ogilvie (Skinny Puppy, Jakalope) a annoncé rejoindre le groupe sur Twitter. D’autres fois, lorsqu’il y avait des soucis dans la progression du groupe liés à d’autres engagements, cela ne marchait pas si bien. Par exemple, Tommy Victor était en tournée depuis environ deux ans avec Prong et Danzing à la fois. Les fans n’apprécient pas d’attendre et cela s’est ressenti.

M.B. : Inévitablement, quand je pense à "supergroupe indus", je pense à Pigface, mené par Martin Atkin et Bill Rieflin à partir de la fin des années 80. Y’a-t-il un lien que nous pouvons établir entre les deux entités ? Et qu’est-ce qui diffère selon toi dans la démarche ?
C.K. : Je crois que le lien est que, dans chaque cas, il s’agit de plateformes collaboratives pour divers artistes, leur permettant de se réunir et passer un agréable moment à écrire des chansons. Je ne vois pas Primitive Race comme un "supergroupe". Je trouve que ce terme peut parfois sonner prétentieux. Ce que j’aime, c’est que le projet offre une chance à plusieurs personnes de créer quelque chose ensemble. Cela nous expose également aux fans d’autres groupes et aux musiques auxquels nos membres sont liés. C’est un élément primordial dans le projet pour moi.

M.B. : Comment as-tu procédé pour le casting ?
C.K. : Je souhaitais réellement essayer quelque chose de nouveau. Dans ma carrière, j’ai travaillé comme producteur et je me suis dis qu’il serait fun d’écrire quelques chansons. J’ai commencé à joindre des amis avec lesquels j’ai bossé auparavant puis, comme les nouvelles se répandent vite, quelques autres personnes ont exprimé leur intérêt pour le projet. J’étais dans une optique de " plus on est de fous, plus on rit ".

M.B. : Raymond Watts (PIG, KMFDM) est assurément un pilier de Primitive Race, puisque vous avez sorti en juin dernier un EP commun. Toutefois, pourquoi le "Lord of Lard" n’a-t-il pas contribué à l’album ?
C.K. : Plus le temps passait, plus les fans de Raymond issus de PIG et KMFDM devenaient de plus en plus désireux quant à son retour. Cela faisait une décennie qu’il avait sorti son dernier disque ! Nous avons pris la décision de concevoir un "split EP", mais en agissant de la sorte, cela condamnait ces chansons à ne pas apparaître sur l’album. Je ne trouve pas qu’il soit juste de recycler des chansons à travers plusieurs productions. Peut-être qu’une version alternative ou qu’un remix aurait pu être réalisé.

M.B. :
 Comment vous êtes-vous organisés pour unifier le son de gens talentueux situés en Belgique, au Canada, aux USA, etc ? Comment s’est déroulé le processus de création ?
C.K. : Pour plusieurs chansons, j’arrivais avec une partie de basse et envoyais l’enregistrement à un autre membre. À partir de là, ils ajoutaient leur couche et on échangeait simplement des idées, des mix, des musiques par mail. C’était vraiment fun car tu ne savais jamais ce qui allait arriver. Lorsque je consultais mes mails, c’était un peu " Merry Christmas ".

M.B. : Vous avez dévoilé deux chansons avant l’arrivée de l’album : Addict Now et Acceptance of Reality. Il y a quelque chose de très politique dedans. J’y détecte quelques éléments issus de la culture Cyberpunk, à l’instar du grand tableau dystopique de notre société… Excepté que vous parlez de la situation telle qu’elle est maintenant, à l’inverse de ce qui se fait généralement dans la culture Cyberpunk qui décrit majoritairement un futur sombre. Le Cyberpunk était-il une influence pour Primitive Race ? Quel est le message global que le groupe délivre avec cet album ?
C.K. : Je pense qu’il est amusant de laisser une place à l’interprétation. En évitant de faire une déclaration formelle sur le sujet d’une chanson ou d’un groupe, cela permet aux fans de vivre et de se connecter à la musique de leur propre manière. En ce qui concerne les influences, je ne suis pas sûr que l’on peut y voir beaucoup de Cyberpunk. Ceci dit, quand tu regardes d’où viennent certains d’entre nous musicalement, il y a définitivement une sensibilité punk pour beaucoup. Le Punk rock a toujours été profondément ancré dans la contre-culture de façon générale.

M.B. : C’est probablement une question qui tourne de façon incessante autour de chaque musicien " industriel ", mais… Qu’est-ce que la musique "industrielle" aujourd’hui ? Dans les années 70, le Punk, la musique Noise et la Musique Concrète ont donné vie à une certaine mixture, mise en valeur par des groupes comme Throbbing Gristle, SPK et Kraftwerk. Dans les années 90 s’est manifesté l’influence techno / acid / EBM, grâce entre autres à Lords of Acid, Front Line Assembly, Laeather Strip… De nos jours, il est assez irritant de voir des groupes étiquetés "industriels" parce qu’il y a trois notes de synthétiseur par-dessus un riff de guitare. Comment vois-tu et définis-tu ce genre musical aujourd’hui ? Et pour demain ?
C.K. : Je ne sais pas ce qui est "industriel" pour le commun des mortels. Je pense que c’est encore un autre élément qui rend la musique plaisante. Je crois qu’une fois que l’on est impliqué dans le sur-étiquetage, ça crée une culture élitiste ou qui exclut. En apposant une étiquette sur un artiste, cela engendre une certaine difficulté pour intégrer un moule bien défini. En ne réfléchissant pas à tout ça, cela donne la chance aux musiciens d’explorer leur art et de prendre toute direction souhaitée. La pression d’avoir à écrire une chanson d’une façon ou d’une autre ne permet pas à l’artiste de donner le meilleur de lui-même.

M.B. :  Un dernier mot Chris ?
C.K. : Dernier mot ? Est-ce que je vais à la potence ? (rire) Merci d’avoir partagé ce moment avec moi !