{ Rien ne s’oppose à la nuit } Delphine de Vigan

Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan
Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan
Soleil noir.

Derrière ce titre mélancolique mais poétique tiré des paroles d'une chanson d'Alain Bashung se cache un livre sublime et, avant toute autre chose, humain. L'humanité suinte de toutes les pages de l'ouvrage, dans les mots, les interludes où l'auteur interrompt son exercice biographique pour communiquer avec son lecteur, dans la construction globale du texte et dans les émotions que l'ensemble dégage.

Très vite, on se fait allègrement aspirer ligne après ligne dans l'histoire de cette famille unique. Une famille qui semble être victime de la transmission d'une malédiction de mère en fille. Delphine de Vigan s'exprime avec une humilité prononcée et jamais on ne trouve de formulations hyperboliques visant à visser le dramatisme toujours plus profondément. L'histoire demeure déjà bien assez douloureuse en elle-même.

La plume de l'auteur est, malgré le sujet ténébreux, agrémentée d'un charme qui lui est propre, n'éprouvant jamais le besoin d'en rajouter, sans pour autant jouer la carte de la fausse modestie : le style est d'une grande justesse. J'ai ainsi eu la belle mais aussi pesante sensation d'avoir fait partie du livre, de l'histoire, en me plaçant comme protagoniste omniprésent avec un retrait suffisant pour ne pas me faire remarquer par les autres : on pénètre littéralement au cœur de la vie exposée par D. de Vigan. Les personnages - ou devrais-je plutôt dire "personnes" - sont et sonnent vrais, leurs traits de caractères étant puissants et affirmés. Tous ces détails permettent ainsi de bâtir un livre terriblement intime et touchant. L'histoire narrée dans Rien ne s'oppose à la nuit pourrait bien être un roman tant elle est tordue, regorgeant de sentiments acerbes et aigus, tant les événements marquant sont nombreux et parfois inattendus. Inutile d'en attendre la forme d'un thriller cela dit, le propos n'est pas là malgré moult retournements de situation.

Définitivement, Rien ne s'oppose à la nuit est un grand ouvrage. Il est, certes, tout ce que le public peut lui reprocher d'être : maladroit, bordélique, au rythme inégal, tantôt paresseux, tantôt effréné. Pourtant, ces caractéristiques susceptibles d'apparaître comme de vilains défauts font éclater toute l'humanité, la spontanéité et la franchise qui illumine chacun des chapitres. Je ne vous donnerais qu'un seul conseil : lisez-le (avec un paquet de mouchoir sur le côté...).

NOTE : 10/10